LE FINANCEMENT DE VOTRE ENTREPRISE
Leçons tirées au cours de la dernière décennie
Nous sommes en 1998, à la veille de l'adoption de la Loi sur le financement des petites entreprises du Canada. La plupart des propriétaires des 927 000 petites entreprises du pays, soit celles comptant moins de 50 employés, éprouvent de grandes difficultés à obtenir le financement dont ils ont besoin.
Pour lancer leur entreprise, nombreux sont ceux qui utilisent leur propre capital ou celui de leurs proches. Les banques à charte, les caisses populaires, les coopératives de crédit et les fiducies constituent l'autre source de fonds principale; toutefois, il est difficile d'y obtenir des modalités raisonnables. 1
Cherchant à améliorer la disponibilité du financement pour la création, l'expansion, la modernisation et l'amélioration des petites entreprises, le gouvernement adopte, le 31 mars 1999, la Loi sur le financement des petites entreprises du Canada. Le gouvernement assumera 85 % du risque que coure le prêteur en cas de perte causée par un défaut de paiement. 2
Faisons maintenant un bond jusqu'à aujourd'hui. 98 % des entreprises canadiennes comptent moins de 100 employés. 3 À la suite d'une longue période de croissance économique sans précédent, l'effondrement du marché américain des prêts hypothécaires à risque précipite une crise mondiale du crédit.
Bien que les économies personnelles demeurent la principale source de fonds des entrepreneurs désirant lancer et faire croître leur entreprise, les banques continuent d'être l'organisme prêteur privilégié. Selon une étude menée auprès des fournisseurs de financement aux entreprises pour l'année 2004, les banques à charte ont accordé du crédit à 63 % des demandeurs. 4 Toutefois, ces bailleurs de fonds prudents sont moins enclins à courir un risque que d'autres prêteurs, surtout par les temps qui courent; c'est pourquoi ils exigent une imposante caution assortie de nombreuses clauses restrictives.
Que faire, alors? Heureusement, la dernière décennie a vu naître de nombreux nouveaux prêteurs, si bien que le propriétaire d'une petite entreprise dispose maintenant d'un plus grand choix qu'en 1998.
Programme de Financement des Petites Entreprises du Canada
Le Programme de financement des petites entreprises du Canada (PFPEC) a aidé de nombreuses PME depuis dix ans. Les entreprises dont les revenus annuels bruts estimatifs sont inférieurs à 5 millions $ sont admissibles à ce programme de garantie de prêt. Le financement peut atteindre 250 000 $ et jusqu’à 90 % des coûts d'achat ou d'amélioration des édifices ou de l'équipement ou d'acquisition de terrain.
De 1999 à 2004, le programme a accordé plus de 65 600 prêts. 5 Seulement en 2006 et 2007, la valeur totale des prêts accordés dans le cadre du PFPEC dépassait le milliard de dollars et les nouvelles entreprises formaient 60 % des emprunteurs. 6
Banque de Développement du Canada
Au fil des ans, la Banque de développement du Canada a aussi bonifié le soutien qu'elle offre aux PME. En 1998, la BDC a accordé des prêts totalisant un peu plus de 5 milliards $ 7 ; en 2007, ce chiffre était passé à 9,3 milliards $. 8
De plus, la BDC offre maintenant un large éventail d'options de financement, par exemple des prêts à terme pour l'achat d'une entreprise ou de biens immobilisés corporels, du capital de risque et du financement assimilable à des prises de participation pour les entreprises en quête de croissance, ainsi que des prêts de fonds de roulement pour ajouter au financement ou aux lignes de crédit à court terme.
Programme de Recherche Scientifique et Développement Expérimental
Déterminé à accroître la capacité du Canada à livrer concurrence, le gouvernement fédéral continue d'améliorer son programme de recherche scientifique et de développement expérimental (RS&DE). De nombreuses PME méconnaissent cette généreuse source de financement, peut-être en raison de son nom intimidant. Quoi qu'il en soit, le programme offre des milliards de dollars en crédits d'impôt pour inciter les entreprises de toutes tailles, quel que soit leur secteur, à mener des activités de recherche et développement qui permettent de concevoir ou d'améliorer des produits ou des procédés.
Les activités courantes de bien des entreprises correspondent aux critères d'admissibilité du programme. Les entreprises reçoivent des avantages importants : les dépenses courantes et les dépenses en immobilisations admissibles sont entièrement déductibles et elles sont de plus admissibles à des crédits d'impôt à l'investissement de 20 % ou 35 %, selon le niveau de revenu et de capital imposable de l'entreprise.
Prêts Reposant Sur l'Actif
Autrefois perçus comme un dernier recours en matière de financement, les prêts reposant sur l'actif sont maintenant utilisés pour financer des acquisitions, des fusions ou la croissance des entreprises. Comme ces prêts sont accordés en fonction de la valeur de l'actif, plutôt que fondés sur l'encaisse ou le rendement, ils sont particulièrement intéressants pour les entreprises qui traversent une période de croissance ralentie ou qui œuvrent au sein d'une industrie cyclique.
Le prêteur prend une garantie sur une partie des stocks ou des créances et il accorde à l'emprunteur une avance de fonds (à concurrence de 75 % du montant des créances et de 60 % de la valeur des stocks). Au fur et à mesure que les stocks sont vendus ou que les créances sont recouvrées, l'emprunteur rembourse le prêteur et réduit ainsi le solde du prêt. Le prêteur recalcule chaque semaine ou chaque mois le montant auquel l'emprunteur est admissible; lorsque l'entreprise a besoin de fonds supplémentaires, le prêteur avance des fonds en fonction de ce calcul.
Notons cependant un inconvénient : les prêteurs surveillent de très près les finances des emprunteurs. Les coûts liés au financement peuvent donc représenter une somme importante. Malgré tout, la valeur des prêts reposant sur l'actif accordés au Canada est passée de 2,4 milliards $ US en 1998 et à 10,5 milliards $ US en 2004. 9 Il est probable que cette tendance se poursuive, puisque toute entreprise disposant d'un volume soutenu de créances, ou encore de stocks, d'équipement ou de biens immeubles, peut avoir recours à ce type de prêt.
AFFACTURAGE
Le recours à l'affacturage, dont la valeur annuelle est d'environ 4 milliards $ actuellement au Canada, est également de plus en plus fréquent. 10 Les entreprises qui vendent à crédit à leurs clients d’affaires peuvent confier leurs créances à une société d'affacturage en échange d'une avance de fonds pouvant atteindre 90 % du montant de la facture.
La société d'affacturage assume le recouvrement du paiement des factures; lorsqu'elle reçoit le paiement, cette société paie le solde au cédant, moins des frais de 1 % à 2 % par mois. Les entreprises qui reçoivent des paiements différés ou dont le bénéfice net ne permet pas d'obtenir un prêt traditionnel ou une augmentation de la ligne de crédit peuvent utiliser cette méthode pour obtenir des fonds de roulement ou financer les activités de croissance.
Financement Secondaire
La popularité du financement secondaire a été nourrie par le rythme soutenu des fusions et acquisitions observé ces dernières années. En plus d'effectuer des acquisitions et de restructurer leur capital, les PME ont de plus en plus recours au financement secondaire pour financer leur croissance. Les emprunteurs doivent généralement disposer d'un flux de trésorerie prévisible pour y être admissibles.
Mélange de financement par emprunt et de financement par actions, ce type de financement peut s’adapter aux besoins de l'emprunteur. Le prêteur et l’emprunteur peuvent établir un montage financier dont les droits sur l'actif, les frais d'intérêt et le taux de rendement conviennent aux deux parties. Le montage financier comprend souvent une dette de second rang à long terme à taux d'intérêt fixe et des bons ou des options d'achat d'actions. La valeur de ces bons est généralement établie en fonction d'un multiple du bénéfice net de l'entreprise ou d'un pourcentage de sa valeur comptable.
Investissement Privé Dans le Capital-Actions
Nombre d’investisseurs privés et d’entreprises qui ont connu du succès ces dernières années disposent maintenant des liquidités et du savoir-faire nécessaires pour investir dans une entreprise en échange d'un intérêt dans la propriété. Ces investisseurs privés financent souvent les entreprises en démarrage, les expansions d'installations, les nouvelles gammes de produits, les acquisitions, les rachats et les restructurations.
Les prêteurs appartenant à ce groupe comprennent notamment les « anges » (personnes fortunées), les sociétés de capital risque et les investisseurs institutionnels. Les investisseurs privés dans le capital-actions s'attendent généralement à obtenir un taux de rendement d'au moins 20 % et recherchent de ce fait des entreprises au plan de croissance ambitieux. Les grands investisseurs, le plus souvent des institutions, travaillent généralement avec des entreprises ayant un excédent brut d'exploitation d'au moins 2 millions de dollars et un flux de trésorerie prévisible.
Conclusion
Quels que soient les besoins en capital de votre entreprise, vous disposez désormais d'un plus grand nombre d'options qu'il y a dix ans. Toutefois, puisque la plupart des prêteurs examinent le bilan financier du demandeur afin d'évaluer le risque, vous devez corriger toute faiblesse importante de votre entreprise pour être en mesure d'obtenir du financement. Voici certains des problèmes les plus courants qui justifient un refus de la part d'un prêteur :
- comptes débiteurs ou créditeurs de plus de 90 jours
- faible roulement des stocks
- faible rapport entre l'actif et le passif indiquant que l'entreprise pourrait éprouver des difficultés à remplir ses obligations à court terme
- rapport élevé entre le passif total et la valeur nette de l'entreprise, signe possible que l'entreprise est surendettée
Un plan d'affaires solide ou une stratégie claire et la participation financière personnelle du propriétaire dans l'entreprise sont deux autres critères auxquels votre entreprise doit répondre afin d'obtenir du financement. La leçon la plus importante que nous pouvons tirer de la dernière décennie est peut-être l'importance de choisir la forme de financement qui correspond aux besoins de l'entreprise. En fin de compte, obtenir le bon type de financement, assorti de frais et d'une durée raisonnables, permet aux petites entreprises de connaître du succès.
1) Rapport du vérificateur général du Canada, décembre 1997.
2) Programme de financement des petites entreprises du Canada, Industrie Canada.
3) Principales statistiques relatives aux petites entreprises, janvier 2008, Industrie Canada.
4) Profils de financement des petites entreprises, septembre 2007, gouvernement du Canada.
5) Évaluation du Programme de financement des petites entreprises du Canada, Bearing Point, novembre 2004.
6) Programme de financement des petites entreprises du Canada, Industrie Canada.
7) Profils de financement des petites entreprises, septembre 2007, gouvernement du Canada.
8) Rapport annuel 2007, Banque de développement du Canada.
9) CapitalEyes, Bank of America, mars 2006.
10) Financial Post, 28 avril 2008.
Clark McKeown, CA, CIRP, CFE, est associé et Bruno Suppa, HBA, CA, est directeur de la division des services-conseils transactionnels de BDO Dunwoody Ltd. (www.bdo.ca), une société de services liés au financement des sociétés et aux fusions et acquisitions. Vous pouvez communiquer avec M. McKeown en composant le 416 369 6126 ou en écrivant à cmckeown@bdo.ca. Pour communiquer avec M. Suppa, composez le 416 865 0210 ou écrivez à bsuppa@BDO.ca.

