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UNE ANNÉE DIFFICILE

JOHN WHITE, STATS LINK CANADA

La dernière année a présenté son lot de difficultés. De nombreux problèmes ont miné l’optimisme des PME, comme l’inflation, la vigueur du dollar canadien, le ralentissement de l’économie américaine, le déclin de la confiance des consommateurs et les pertes d’emplois dans le secteur manufacturier. Les entrepreneurs canadiens, reconnus pour leur optimisme à toute épreuve, ont été ébranlés. Il y a un an, 15 % des PME interrogées s’attendaient à une baisse du rendement de leur entreprise. Aujourd’hui, la proportion est d’une sur quatre (25 %) (source : FCEI – juin 2008).

La montée du pessimisme est attribuable à l’effritement de la confiance envers l’économie en général et à un marché moins favorable concrètement. L’indice de confiance des PME canadiennes établi par le Small Business Research Board a baissé de 15,4 % entre le deuxième trimestre de 2007 et le premier trimestre de 2008, la principale raison citée par les répondants étant le « contexte économique ».

En juin 2008, le baromètre des affaires de la FCEI, autre mesure de la confiance des PME, atteignait son niveau le plus bas (100,7) depuis le troisième trimestre de 2001, confirmant le climat d’inquiétude grandissante.

Et ce n’est pas qu’une question de perception. Les PME ont éprouvé des difficultés bien réelles. Deux fois plus d’entreprises ont moins bien fait au cours des 12 derniers mois que ce qu’elles avaient prévu. Et la croissance, pour celles qui l’ont connue, n’a pas été conforme aux prévisions. En juin 2007, près de la moitié des entreprises interrogées (49 %) s’attendaient à accroître leur chiffre d’affaires. Toutefois, un an plus tard, seules 37 % de ces PME pouvaient se vanter d’y être parvenues.

  Prévisions pour les 12 mois à venir (%) (juin 2007) Résultats des 12 mois précédents (%) (juin 2008)
Forte baisse 3 8
Faible baisse 12 23
Maintien 36 32
Faible hausse 40 29
Forte hausse 9 8

Énergie

Le principal élément relevé parmi les causes de la baisse de rendement des entreprises est le coût de l’énergie. Le prix de l’essence a monté à un point tel que pratiquement toutes les petites entreprises canadiennes en ont ressenti les effets négatifs. En effet, la FCEI indique qu’entre décembre 2007 et juin 2008, la proportion des entreprises qui disent subir les contrecoups de la hausse du prix de l’énergie a grimpé en flèche, de 62 % à 82 %, si bien que cette préoccupation éclipse désormais toutes les autres. Bien entendu, ce problème a des incidences non seulement sur les affaires de l’entrepreneur, mais aussi sur sa vie personnelle.

Les choix qui s’offrent aux petites entreprises qui n’avaient pas prévu les répercussions d’une telle hausse du prix de l’énergie sont bien limités. La voie la plus facile et la plus empruntée consiste à augmenter les prix. Bien que cela puisse pallier le manque de liquidités, cette solution n’est pas viable à long terme si le prix de l’énergie continue d’augmenter.

D’autres entreprises tentent de gérer la crise en réduisant leurs coûts. Dans un autre sondage s’adressant à des professionnels de la vente, plus de la moitié (53,5 %) des personnes interrogées ont indiqué qu’elles réduisent le nombre de leurs déplacements d’affaires et de leurs visites aux clients. Cette tendance est probablement attribuable au fait que la plupart des entreprises n’offrent pas un soutien financier adéquat à leur effectif de vente. En fait, depuis deux ans, seules 35 % des entreprises ont augmenté les indemnités versées aux employés pour le kilométrage parcouru ou l’utilisation de leur véhicule (source : LeapJob – juillet 2008).

Réaction des PME à la hausse du prix du carburant
1 64 % : augmentation des prix
2 53 % : réduction d’autres coûts
3 45 % : réduction des déplacements d’affaires
T-4 23 % : ajout ou hausse des frais de port ou de manutention
T-4 23 % : élimination de trajets de livraison ou réduction du rayon d’action
T-4 23 % : amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules
T-5 20 % : réduction du nombre de fournitures commandées
T-5 20 % : commandes passées à des fournisseurs situés plus près
Source : SBRB – mai 2008

Malheureusement, la plupart de ces solutions auront des répercussions assez rapidement sur les ventes : impossible de constamment augmenter les prix et réduire les visites aux clients sans en subir les conséquences.

Notons également que l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules et l’achat local – des changements de fonctionnement qui dépassent une simple réduction des dépenses – sont considérés par bien peu d’entreprises comme des approches viables. Bien entendu, il s’agit dans les deux cas de stratégies et non de réactions directes.

  Déc-07 Mars-08 Juin-08
Demande de la clientèle 23 24 24
Contexte d'investissement 26 31 32
Accès au financement bancaire 13 15 15
Assurances 19 20 23
Concurrence 21 21 21
Coût des intrants 42 47 61
Masse salariale 40 41 46
Accessibilité de la main-d'œuvre 34 28 32
Coût d'emprunt 24 22 19
Coût de l'énergie 62 71 82
Passage aux frontières 24 17 20

Malheureusement, la plupart de ces solutions auront des répercussions assez rapidement sur les ventes : impossible de constamment augmenter les prix et réduire les visites aux clients sans en subir les conséquences.

Notons également que l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules et l’achat local – des changements de fonctionnement qui dépassent une simple réduction des dépenses – sont considérés par bien peu d’entreprises comme des approches viables. Bien entendu, il s’agit dans les deux cas de stratégies et non de réactions directes.

Outre l’augmentation du coût de l’énergie, les PME ont aussi relevé la hausse du coût des intrants parmi les facteurs importants. De décembre 2007 à juin 2008, la proportion des entreprises touchées par ce dernier facteur est passée de 42 % à 61 %. Cette hausse est sans doute également liée à l’augmentation du coût de l’énergie puisque les fournisseurs refilent cette hausse à leurs clients. Au bout du compte, les marges bénéficiaires des PME se trouvent grugées de toutes parts.

Main-d’œuvre

En plus de composer avec des facteurs extérieurs, les PME canadiennes éprouvent également des difficultés chroniques internes, la plus importante touchant la main d’œuvre. Les petites entreprises signalent encore et toujours que trouver de la main-d’œuvre qualifiée constitue un problème de taille.

Au total, la proportion des PME qui affichent des postes vacants à long terme a continué d’augmenter au cours des quatre dernières années. On estime qu’en 2007, 309 000 postes sont demeurés vacants dans le secteur des PME canadiennes. Près d’un tiers de celles-ci avaient au moins un poste à pourvoir à long terme.

2004 23.20%
2005 26.80%
2006 25.50%
2007 32.50%

Les microentreprises (comptant de 0 à 4 employés) ont trouvé particulièrement difficile de pourvoir des postes demandant des compétences particulières. Le taux de postes vacants à long terme dans cette catégorie d’entreprises est demeuré le plus élevé chez les PME, passant de 7,5 % en 2006 à 9,6 % en 2007. de 0 à 4 employés

  2006 2007
de 0 à 4 employés 7,5 % 9,6 %
de 5 à 19 employés 4,6 % 5,8 %
de 20 à 49 employés 3,6 % 4,2 %
de 50 à 99 employés 2,2 % 3,1 %
de 100 à 499 employés 2,5 % 2,5 %

Néanmoins, bien peu de microentreprises se sont préoccupées des postes à combler en 2007, car beaucoup ont en fait été forcées de réduire leur effectif. Au quatrième trimestre de 2007, on a enregistré une perte nette de 7 818 emplois dans cette catégorie d’entreprises.

Variation totale nette du nombre d’employés au quatrième trimestre de 2007 par taille d’entreprise
Nombre d’employés Variation absolue (emplois)
de 0 à 4 employés - 7 828
de 5 à 19 employés 60 490
de 20 à 49 employés 38 219
de 50 à 99 employés 21 298
de 100 à 299 employés 27 573
de 300 à 499 employés 20 131
500 employés et plus 160 058
Source : Statistique Canada

Heureusement pour l’économie canadienne, le reste des entreprises du secteur des PME a compensé cette faiblesse et compte toujours pour 50 % du nombre net de nouveaux emplois au Canada. Ce secteur a en fait produit 1 398 emplois de moins que l’année précédente, mais, vu le contexte difficile, cela représente une contribution non négligeable.

Nombre d’Entreprises

Bien que la plupart des PME reconnaissent maintenant la gravité de la situation économique, certains économistes sont d’avis que les petites entreprises canadiennes ne prennent toujours pas la situation suffisamment au sérieux. La grande majorité des PME (92 %) estiment pouvoir survivre à toute difficulté financière. En fait, deux tiers des entreprises interrogées sont si confiantes qu’elles ne disposent même pas d’un plan d’urgence en cas de ralentissement économique prolongé (source : BMO – avril 2008).

La plupart des entreprises qui ont un plan d’urgence prévoient faire face aux difficultés financières en recourant à leurs économies. Plus de 40 % des entrepreneurs affirment être prêts à puiser dans leurs économies personnelles en cas de difficulté. Le type de « plan d’urgence » qui vient au deuxième rang consiste à cerner les lacunes au chapitre de l’efficacité et à surmonter les difficultés par la rationalisation des processus. Les experts estiment quant à eux que les petites entreprises se doivent d’élaborer des stratégies plus complètes si elles veulent survivre dans les circonstances actuelles.

En ce sens, PwC recommande six stratégies à long terme et trois stratégies à court terme :

Stratégies à Long Terme

  1. Connaître ses principaux atouts stratégiques et en tirer parti
  2. Cibler ses clients clés – et évaluer les risques qu’ils représentent
  3. Se préparer aux actions de la concurrence
  4. Élaborer un modèle budgétaire détaillé et le mettre à jour régulièrement
  5. Employer une approche systématique pour cerner les aspects sujets à des compressions
  6. Protéger la liquidité

Stratégies à Court Terme

  1. Traiter avec prudence les nouveaux clients ou les demandes massives de clients établis
  2. Surveiller activement le solde des comptes clients
  3. Effectuer des prévisions de trésorerie hebdomadaires

L’absence d’un plan d’urgence a déjà sonné le glas de certaines petites entreprises. En effet, le nombre net d’entreprises au Canada a fléchi de 2006 à 2007 dans presque toutes les catégories.

Le nombre de microentreprises (-4,8 %), d’entreprises de taille moyenne (-10,8 %) ainsi que de grandes entreprises (-7,8 %) présente un recul net. Les seules catégories en hausse sont les entreprises comptant de 5 à 9 employés (23,9 %) et celles de 10 à 19 employés (5,9 %). Ces deux groupes représentent presque à eux seuls la croissance de 1,3 % du nombre d’entreprises, qui est maintenant de 2 342 029 (Statistique Canada).

Total 1,3 %
Entreprises de taille indéterminée 1,7 %
de 1 à 4 employés -4,8 %
de 5 à 9 employés 23,9 %
de 10 à 19 employés 5,9 %
de 20 à 49 employés -5,3 %
de 50 à 99 employés -7,8 %
Petites entreprises (de 1 à 99) 1,2 %
de 100 à 199 employés -11,2 %
de 200 à 499 employés -9,8 %
Moyennes entreprises (de 100 à 499) -10,8 %
500 employés et plus -7,8 %

Variation nette du nombre d’entreprises (2006 par rapport à 2007)
Entreprises de taille indéterminée
Classement Croissance la plus rapide Déclin le plus rapide
1 Intermédiations diverses Élevage de bovins de boucherie, y compris l'exploitation de parcs d'engraissement
2 Toutes les autres activités d’investissement Élevage mixte d’animaux
3 Gestionnaires immobiliers Agents immobiliers
Petites entreprises (de 1 à 99 employés)
Classement Croissance la plus rapide Déclin le plus rapide
1 Bureaux de médecins Intermédiations diverses
2 Entreposage général Services administratifs, de gestion et de consultation générale en gestion
3 Tous les autres services professionnels, scientifiques et techniques Location d’édifices commerciaux (sauf mini entrepôts)
Moyennes entreprises (de 99 à 499 employés)
Classement Croissance la plus rapide Déclin le plus rapide
1 Supermarchés et autres magasins d’alimentation (sauf les dépanneurs) Location d’édifices commerciaux (sauf mini entrepôts)
2 Administration publique autochtone Intermédiations diverses
3 Organismes religieux Construction résidentielle
Source : Statistique Canada

Les industries présentant la plus forte croissance et le plus important déclin n’ont pas été celles auxquelles on s’attend habituellement. Les secteurs Internet et Technologies de l’information sont notamment absents du haut du classement.

Parmi les entreprises de taille indéterminée (qui ne comptent pas d’employé à temps plein), les sociétés de capital de risque (intermédiations diverses) occupent la première place en matière de croissance nette. Fait intéressant, les sociétés de capital de risque sont parmi les moins nombreuses dans la catégorie des PME. Les élevages de bovins, les élevages mixtes d’animaux et les agents immobiliers affichent quant à eux le plus important déclin dans la catégorie des entreprises de taille indéterminée.

Chez les petites entreprises, les bureaux de médecins ouvrent la marche, suivis des entreprises d’entreposage général, tandis que les conseillers et les locateurs d’édifices commerciaux ont écopé le plus durant l’année.

Surprise dans le secteur des entreprises de taille moyenne : les supermarchés, l’administration publique autochtone et les organismes religieux figurent en tête de liste, tandis que les locateurs d’édifices commerciaux et les sociétés de capital de risque accusent le plus important recul.

Nouveaux Entrepreneurs

Malgré les difficultés de la dernière année, les Canadiens n’ont pas perdu leur esprit d’entreprise. En fait, 3,3 millions de Canadiens prévoient lancer une entreprise d’ici cinq ans (source : RBC/Ipsos – août 2007). Les secteurs de prédilection des femmes sont les services personnels, les arts et les métiers d’art : une femme sur cinq (22 %) indique qu’elle vise ce secteur. Les hommes sont plus enclins à lancer une entreprise dans le secteur de la construction, du commerce ou de la fabrication (12 %) ou encore du côté d’Internet et des services en ligne (12 %).

La plupart de ces aspirants-entrepreneurs estiment que leur plus grand défi sera de dénicher du financement. Les propriétaires d’entreprises citent quant à eux d’autres difficultés plus importantes au démarrage : tout d’abord, trouver sa clientèle et développer son marché, aux dires de près de la moitié (48 %) des entrepreneurs. Ensuite, s’assurer d’un volume de travail constant (31 %) et faire face à un horaire de travail surchargé (28 %).

Voici les trois principaux conseils des entrepreneurs établis aux aspirants-entrepreneurs :

  1. Connaître ses concurrents
  2. Élaborer un plan d’affaires
  3. Effectuer une étude de marché

Au cours de la dernière année, les PME ont dû relever des défis colossaux, et tout indique qu’elles devront continuer de le faire à long terme. Ces difficultés ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Il faudra modifier les modes d’exploitation en fonction de la nouvelle réalité, établir des plans d’urgence complets et réalistes. L’optimisme ne suffira pas. Plus que jamais, les entrepreneurs canadiens devront miser sur leur persévérance, leur détermination et, plus que tout, leur conviction de réussir.